Devenir prof ?

Publié le par La Prof

Lettre à une jeune fille

L'enseignement, le plus beau métier du monde ?
Cette maxime tu l'as entendu maintes fois.
De tes yeux d'enfant professeur est un beau métier, où à travers un sourire se transmet le savoir.
Tu aimes apprendre, tu aimes l'école (c'est ainsi que te surnomme ton frère).
La passion de l'enseignement coule dans tes veines.
Le soir venu tes peluches s'animent à l'écoute de tes leçons, tes barbies deviennent à leur tour institutrice.
Ta curiosité et ton envie d'apprendre ne font pas forcément de toi une élève modèle, au grand damne de certains de tes professeurs, que tu titilles avec acidité.

Tu grandis, tu découvres de nouvelles disciplines, toutes tu voudrais les embrasser et les partager.
Tu essayes d'aider tes amies à comprendre leurs exercices mathématiques, tu parcours le temps avec l'histoire, l'heure d'après tu déambules dans les rues de Köln ou tu étudies à Cambridge. Tantôt électricien, tantôt petit chimiste, tu conduis des expériences. Avec les arts ton audition, ta vue et ton sens critique s'aiguisent. Le mercredi après-midi tu t'évades sur la scène des gallo-romains pour déclamer tes textes en latin.
Tu apprends à découvrir ta ville en même temps que tu t'appropries des savoirs.
L'éducation à la nation ?
L'Education Nationale voilà celle qui a bercé ton enfance et ton adolescence, c'est là que tu as grandi, mûri, mené tes premières expériences, appris à vivre en société.
Probablement par manque d'originalité, d'imagination, par peur de quitter ce foyer de la sagesse, tu te tournes tout naturellement vers la voie de l'enseignement.
Tu as toujours voulu être professeur.

Au lycée vient le moment fatidique de choisir son orientation, tu feras ce choix, contre toute attente ce sera l'arts plastiques.
Jamais tu n'avais pensé à être professeur d'arts plastiques, toi si cartésienne.
Promises à un bac S et secrètement par ton père à des études de médecine.
Les mots de la proviseur-adjointe raisonnent encore à cette annonce :
"vous allez vous planter!"
Mais c'est la matière qui t'a le plus manqué en seconde car elle ne t'était plus enseignée.

De nombreuses années plus tard, après avoir lutté pour obtenir ce suprême privilège, ce concours si difficile qu'est le CAPES d'Arts Plastiques, te voilà de l'autre côté du miroir.

Les coulisses de l'éducation ne sont guère accueillantes.
Malheureusement en l'espace d'une génération ce métier si beau est devenu celui de tous les maux.

Par amour de ta discipline et l'envie de la transmettre tu recréeras pour tes élèves cette magie d'un monde idyllique du savoir loin des contraintes réelles.

Petite fille n'oublies pas que tout ceci n'est que spectacle.
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Publié dans Une vie de Prof

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L
@fashion victim effectivement "the show must go on" ;-) Etre prof c'est aussi être en représentation, un one (wo)man show où l'on tente de capter un public :o) @melle philo mince mon blog a été découvert par l'ennemi :-))) je plaisante ;-) Je pense que prof est un métier très différent en fonction des individus, des établissements, des classes que l'on peut avoir, de la matière, de la gestion de l'établissement, etc. bref, de tout un tas de paramètres. Mon quotidien n'illustre pas celui de tous les profs de France :-) Est ce que en connaissance de cause je recommencerais ? je l'ignore... pas sûr :-/ (cf. ma réponse à Carbure) mais alors j'aurai probablement regretté de ne pas avoir suivit ma vocation !? Maintenant c'est une affaire de tempérament :-) En tout cas, mon "problème" dans ce métier ce n'est ni la ZEP, ni les "batailles" (pour reprendre ton expression) avec les élèves. C'est sûr, parfois c'est énervant et on rentre chez nous comme des piles. Après faut avoir des dérivatifs, dans ma zep on est plutôt sport dans ces cas là. moi c'est vélo :o) Bref, tout ça pour dire que je ne sais pas quoi te conseiller. Mais si la seule chose qui te rebute c'est d'éventuels conflits avec les élèves, je pense que c'est un faux problème ;-) Parce que les meilleurs moments de ce métier viennent avec les élèves :-) (et mêmes des casses-pieds parfois !)
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M
J'ai déjà laissé un commentaire à propos de ce texte, mais je voulais vous poser une question.  Tout d'abord il me faut vous préciser que je suis lycéenne (en classe de seconde), et que je souhaiterais devenir professeur mais (parce qu'il y a un mais bien entendu) je me demande vraiment si ce ne sera pas trop dur (je ne parle pas du concours, lui je sais pertinemment qu'il sera difficile à obtenir) mais je pense plutôt à ces longues heures de "bataille" avec les élèves etc..?<br />   Bien sûr, je suis très motivée et j'ai réellement  envie d'exercer ce métier (je me retrouve dans votre texte au moins jusqu'à la partie lycée)  néanmoins j'aimerais avoir votre avis sur la question.<br />   Si c'était à refaire vous le referiez ?<br /> Merci par avance.<br /> Melle philo
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F
C'est un très beau texte dans lequel je me suis reconnue, car moi aussi je suis une idéaliste arrivée dans ce métier par vocation. J'ai toujours la foi malgré des hauts et des bas et je pense parfois (rarement ?)  faire le plus beau métier du monde. J'adore surtout ta dernière phrase, si juste!
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L
Merci pour vos commentaires :<br /> Dans l'ordre : @Carbure : j'adore mon métier, le contact avec les élèves (même mes casse-pieds) comme tu le soulignes nous avons droit à certains moments absolument merveilleux. J'aime toujours autant enseigner, (soit la première année a été très difficile - non pas que ça ne le soit plus - mais je m'habitue et apprends à gérer les conflits). J'adore réellement ça... mais aujourd'hui, je devrais refaire le choix en tout état de cause... professeur ? d'arts plastiques ? non, je me sens devenir précaire, chaque année de nouvelles directives, d'autant plus en arts plastiques où nous attendons à chaque rentrée scolaire l'annonce de passer optionnel (voire d'être reclassé). Le système des mutations, l'absence de soutien des hiérarchies... les propos insultants de présidentiables ou de ministres de l'éducation, être déconsidérée par des parents et une grosse partie de la société, le pouvoir d'achat, etc. Alors non, je ne referais pas cette erreur, et pourtant je le redis, j'adore enseigner et j'aime bien la zep (je dois être maso :-) quel enfer ce serait à vivre si je ne m'y plaisais pas comme certains collègues :-/ ) On pense souvent que le problème du prof c'est les élèves (ou la banlieue) mon problème n'est pas là... c'est le système de l'EN à tous les étages !<br /> Merci @ tidoigts et melle philo. Tidoigts je suis bien d'accord sur l'importance de donner un peu de bon sens et d'esprit critique aux enfants ;-)<br /> @Charly... et oui, c'est peut-être ça une vocation ;-) Tu comprends mieux pourquoi après un pareil entrainement il n'y a à mes yeux aucune chance de ne pas faire progresser un élève ;-) si j'ai réussi avec Barbie ;-)<br /> @Tizel... je pense que pour aimer l'école, ce n'est pas seulement l'affaire de l'école mais aussi le regard que porte les parents sur l'école et l'ambition qu'ils ont pour leurs enfants. Pour avoir été en collège une "bonne" élève franchement casse-pied à ses heures perdues (qui en 3ème m'ont values un grand nombre d'heures... de retenues)... je n'ai pas le sentiment d'avoir toujours été toujours respectueuse avec les profs (c'est pour ça que j'ai été nommée en zep... pour expier mes fautes :-))). Enfin, je reviendrais sur une phrase de ton commentaire : "Ils [les jeunes profs] se retrouvent isolés dans des établissement où il n'ont rien à y faire" je suis "jeune prof", et je n'ai pas l'impression de rien avoir à faire dans ma zep... bien au contraire, j'y ai ma place ! Et le dynamisme, les illusions et l'espoir d'un jeune qui démarre et croit qu'il pourra faire quelque chose pour améliorer la situation.<br /> @Coralie, lectrice de l'ombre ;-), merci :-) Je me reconnais aussi dans ton commentaire, surtout dans la dose d'utopie et l'envie de la plaquer sur la réalité :)<br /> @Meli-melo : bien d'accord avec toi, il faut garder cette magie comme moteur, j'espère qu'elle durera et ne jamais être "blasée"... :-)<br /> Bon, ça devrait suffire je dois avoir le commentaire le plus long ;-))))<br /> Demain, un autre article :o) et puis zut, j'en dis pas plus :-)))
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M
@ Coralie qui écrit : "Et puis j'imagine qu'il faut une dose d'utopie pour être prof : la volonté et l'espoir de parvenir à changer les choses, à améliorer le quotidien de certains élèves. Cet aspect du métier me plaît et me tire vers le haut. Il me paraît indispensable." Oui, si tu veux être prof, c'est ce moteur qui doit t'animer, il ne faut jamais lâcher l'affaire. Moi je suis déjà "chevronnée", mais j'aime toujours, et même de plus en plus mon métier. Bien que je n'enseigne pas en zep, les conditions se dégradent partout, mais chaque année je me défonce plus que la précédente pour essayer de tirer la majorité vers le haut, vaille que vaille. Je crains le jour où je serai blasée, comme tant de mes collègues. Bravo à La Prof pour son blog riche et toujours plein d'humour.
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