Dimanche soir
De petits soucis de connections passagés m'ont empêché de poster cet article plus tôt...
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Dimanche soir des élections
En bon citoyen, après être allée voter je suis allée chez une amie voir les résultats des élections.
Je n’aurai aucun avis sur la question du fait du devoir de réserve.
Etant en « centre ville » dès 22H00 nous entendons des éclats de voix, puis de plus en plus de bruits, alors, n’ayant ni l’une ni l’autre envie d’aller se coucher, nous descendons dans la rue pour
voir ce qu’il se passe, un peu plus loin, un grand attroupement de « jeunes » comme aiment nous qualifier les média, tous styles confondus.
De la fumée encore plus loin et des gens qui en reviennent disant : « encore un blessé ! »
Nous n’avons pas vraiment eu le temps de comprendre ce qu’il se passait que quelques minutes plus tard, une horde de personnes venant du brouillard arrive sur nous en courant :-/
Nous nous mettons sur le côté d’un bâtiment pour ne pas nous laisser emporter mais les odeurs de fumigènes approchant nous nous résignons à nous joindre à la mêlé.
Car rien ne nous dit, qu’à l’instar des média, le CRS fasse la distinction entre le jeune manifestant, le jeune casseur et le jeune riverain qui passait par là !
Les CRS sont dans une logique, semble-t-il, qui consiste à casser le groupes de manifestants, toutes les transversales sont bloquées pour nous faire courir au milieu des fumigènes avec en guise de fond sonore les bruits des explosions dus aux lancés des bombes lacrymogènes. (comme cela se pratique en Amérique du sud !)
Nous sommes un peu comme des animaux menés à l’abattoir !
Les rares rues qu’ils nous ont laissé en libre accès sont là pour nous rabattre, un coup sur la gauche, un coup sur la droite et faire que nous nous dispersions dans les ruelles plutôt que de nous regrouper sur les places ou les artères. Les gaz commencent à nous prendre à la gorge et nous brûlent les yeux, car à l’inverse de l’émeutier, nous n’avons pas pensé à prendre un sweat-capuche et une écharpe pour nous protéger le visage !
Dans notre malheur, parmi les rues sur lesquelles nous sommes rabattus, il y a la « notre ». Malgré la violente répression policière à tirer systématiquement des lacrymo - que j’en remercie le printemps et les arbres en feuilles car nous avons vraiment failli nous en prendre une sur la tête qui a explosé en multiple fragments incandescents sur nous grâce aux branchages ce qui aurait pu être plus dramatique sans cela ! – les « jeunes » se tiennent assez bien (en tout cas là où j'étais). Quelques uns lancent l’idée de jeter les chaises d’une terrasse de café sur les CRS mais se ravisent, d’autres renversent des poubelles pour gêner la progression de la police, mais les manifestants les redressent systématiquement.
Nous nous engouffrons dans notre allée entre deux séries de tirs de gaz !
Abritons au passage quelques personnes car la rue est irrespirable. J’entends au loin quelqu’un crier : « Maramé, les Schmidt ils m’ont gazé la gueule » en rigolant.
Nous rentrons dans l’apart, mais le soulagement n’est que de courte durée, les fenêtres sont restées ouvertes et ce sont une bonne dizaine de bombes qui sont tirées dans la rue, un coup de vent, une fumée épaisse envahit le salon et la chambre. A moi de m’exclamer « Ils ont gazé l’apart !!! »
Nous nous réfugions sur le balcon où à quelques mètres les tirs continuent, les gens courent dans tous les sens.
De mémoire je n’avais jamais vu pareil spectacle et une répression aussi vive un soir d’élection !
Les plus convaincus ou acharnés ont continué ainsi à courir une bonne partie de la nuit, les regroupements et la localisation de la police se transmettant de portable en portable.
Quelques feux de poubelles ont eu lieu.
Le lendemain (lundi) la rue était remplie des projectiles tirés la veille (une bonne vingtaine par « petite » rue !)
En salle des profs le moral était en berne, les rumeurs allaient bon train, Fillon était annoncé pour un retour comme ministre de l’éducation ou 1er ministre… (dites au revoir à l’arts plastiques et la musique - ils souhaitaient nous rendre optionnel lors de son dernier passage, le décret était in extremis tombé aux oubliettes ! ainsi qu’aux associations sportives qui sont déjà supprimés l’an prochain dans nos quartiers…)
Une collègue a lancé : « et bien nous n’avons pas fini d’user nos souliers sur le bitume ! »
Malheureusement, je sens qu’il va falloir regarder la chaîne parlementaire, car je ne m’inquiète pas que ces mesures vont passer, ni vues ni connues, au mois de juillet et les réformes nous seront annoncées effectives dès la rentrée :-/
J’ai profité d’avoir un trou dans la journée pour aller me balader avec des élèves dans les quartiers.
L’ambiance était assez détendue (sauf dans certaines zones un peu « chaudes ») stigmates de la veille, quelques départs de feu dans des poubelles, quelques véhicules auraient été brûlés (mais je ne me suis pas suffisamment enfoncée dans une des zones très très sensibles pour le constater). Des portes vitrées et des fenêtres d’habitation ont été brisées. J’ai déambulé ainsi 2 bonnes heures au milieu des barres HLM, sur les placettes et les terrasses à différents niveaux.
Les gamins étaient encore déstabilisés de la veille, pas tant par les évènements (hormis les tirs des bombes lacrymo que l’on pourrait prendre pour des tirs à balles réelles) mais ils étaient inquiets des résultats, pour leurs familles, ils m’ont avoué que normalement le collège aurait du être bouclé aujourd’hui, des préparatifs (entre autre collecte de barrières métalliques) avaient été menés pour qu’ils se mettent en « grève », sauf qu’avec le 8 mai beaucoup avait décidé de ‘’grever’’ chez eux ;-).
Un collégien - à l’inverse du lycéen - n’a pas le droit de grève mais c’était le cadet de leurs soucis !