OUI Chef!

Publié le par La Prof

Je suis fonctionnaire = Je suis une fonction

Il parait que c'est la panacée que d'être fonctionnaire, n'entendons-nous pas régulièrement "vous êtes des planqués, vous avez un métier à vie" et le fonctionnaire prof "vous êtes toujours en vacances" !

C'est sûr, vu sous cet angle, ça fait envie... Et d'ailleurs, cela a motivé mon choix de carrière (je vous rassure, ce n'était pas mes premières motivations) mais il faut bien des avantages, si ce n'est pas la paye...

Mais n'est-ce pas perdre aussi un peu son humanité?
Les communications avec les hiérarchies (direction, inspection, rectorat, ministère...) ne se font que de manière écrite via des circulaires, des notes de service, les flash info, et mes préférés : "les ordres de mission"

Je trouve la terminologie très militaire :
je suis "affecté dans un poste"
je "signe mon état de service" à la rentrée
"mes ordres de mission" m'amènent sur d'autres fronts de l'éducation durant des stages...
J'ai à peine une existance nominale administrativement parlant, je suis un "numen" une succession de chiffres et de lettres (qu'il faudra que je me tatoue un jour sur le bras, tel un code barre, tant il est difficile à retenir).
etc.

Le fonctionnaire prof est un bon petit soldat qui part en guerre la fleur au fusil... euh non, nous on a pas de fusil... je reprends... le tupperware dans le sac (ça c'est correct, les cantines sont souvent immangeables!)

Notre paquetage se limite aux saintes écritures (les fameux programmes que l'on ne nous fournit même pas!) et sans bataillon, ni arme ni protection, nous voilà affecté à un poste, en première ligne, au contact de l'équipe adverse : les élèves, une ethnie au combien étrange qui s'avère coriace à contrôler entre ses 12 à 16 ans, les hormones sans doute.

Nos missions sont longues, du 4/09 au 4/07, nous avons le droit à quelques permissions certains week-ends ou pendant les sus nommés "vacances".

Mais notre individualité ne reprend pas le dessus une fois notre service accompli (entre 8H00 et 17H30).

En bon petit soldat, nous devons nous taire, courber l'échine et applaudir à chaque nouvelle décision.

Sommes-nous des citoyens à part entière?

Avons nous un "Droit d'opinion"?

Non, le professeur fonctionnaire a un "devoir de réserve" :
« L'obligation de réserve oblige les fonctionnaires à exprimer leurs opinions de façon prudente et mesurée, de manière à ce que l'extériorisation de leurs opinions, notamment politiques, soit conforme aux intérêts du service public et à la dignité des fonctions occupées. Le devoir ou l'obligation de réserve sanctionne une attitude, un comportement général de modération. »
 

Certains ont le "secret défense".
Nous nous avons le "secret éducation nationale", les stratégies des équipes ne doivent être révélées sous aucun prétexte... Rien n'est dit sur les cas de torture mentale, mais en cas de doute ami prof, ne communique rien à personne, tout au plus soulage ta conscience chez un psy!

Au nom du sacro-saint "devoir de réserve" un prof devrait ainsi ne pas divulguer d'information sur son établissement, sur les personnes qui le fréquentent et surtout ne pas critiquer sa hiérarchie, ni même avoir d'opinion religieuse ou politique (puisque l'un de ses patron est un ministre dont il reçoit une lettre à chaque nouvelle nomination pour lui rappeler ses fonctions : enseigner (il aurait pu oublier), diffuser des valeurs républicaines (je me disais bien aussi qu'il n'y avait pas de TP sur "comment cambrioler une banque!") et enfin lui dire qu'il est quelqu'un de bien et que l'état va faire plein de réformes pour l'aider et le soutenir dans sa laborieuse mission!

Le professeur n'a donc pas d'opinion, il erre dans la neutralité comme d'autres dans l'ignorance.
Il n'est d'aucun parti pris, et doit dissimuler tout son être, ses choix politique, religieux, son orientation sexuelle, ...
Le professeur est un modèle d'abnégation pour la société !

Par conséquent, un collègue bloggeur (parmi tant d'autres) se retrouve au pilori :
Vous le connaissez peut-être, Le Prof, professeur en mathématique, l'auteur de La vie palpitante d'un prof en ZEP
Avec discrétion et rigueur, il a narré son quotidien, les aventures de son collège, de ses élèves, ses joies et ses difficultés, les couacs de sa direction et ,oh diable, s'est même permis quelques remarques sur l'actualité politique de ce pays!
Il a toujours scrupuleusement respecté l'anonymat de ses collègues, de ses élèves et tout "acteur" qui aurait pu croiser sa route sur son blog.
Oui, il a pointé des dysfonctionnements mais toujours avec modération, il n'a pas insulté sa hiérarchie!
Il y croyait, il aime (tout comme moi) sa ZEP (si on les critique, c'est bien qu'elles nous tiennent à coeur!)...
Quoiqu'il en soit, le blog est clos, et notre ami Prof se retrouve avec une procédure disciplinaire.

Je découvre que nous vivons sous un régime autoritaire et censeur, où avoir un blog relève d'un crime lèse majesté.
Avoir un blog serait ce faire de la résistance?
Appuyer là où ça fait mal sur un des nombreux furoncles de l'éducation nationale!

Un prof n'a donc pas le droit de raconter son quotidien.
Ce n'est qu'une coquille vide, un pantin, sous la direction de l'état.

Je serais même tentée, au risque de mélanger les genres de dire :
avons-nous la maîtrise de notre corps?
Nous ne bénéficions pas, par exemple, du secret médical, car si l'employé lambda remet son arrêt médical via une jolie enveloppe bleue à l'intention du médecin conseil, nous devons remettre nos arrêts médicaux en l'état au secrétariat, certificat qui sera visé par au moins le Principal (voire le principal adjoint, voire diffusé allègrement en cas de gorge chaude à un poste administratif). Ce même principal qui vous enverra un agent de contrôle de la sécu s'il vous a dans le nez (comme cela a pu arriver à une de mes collègues à chaque fois qu'elle avait une baisse de tension!). Et votre arrêt de travail sera ensuite remis, toujours non cacheté, au rectorat, avant d'atterrir enfin à la MGEN notre fameux centre payeur!

Force est de constater que le concept de "secret" fonctionne étrangement et à sens unique dans l'éducation nationale!

En résumé, professeur, tout ce que vous êtes appartient à l'éducation nationale... en retour, vous n'êtes qu'une fonction assignée à faire de l'élève un citoyen responsable alors même que l'on vous a dépossédé d'une partie de vos libertés!

Publié dans Une vie de Prof

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stéph 29/08/2007 12:17

Une petite question sur le droit de réserve qui va peut-être vous paraitre un peu bête, mais ce serait sympa de me répondre.   Un proviseur blâmé pour avoir parlé de la vie de son établissement (sans le nommer...) et dire qu'il est homo... et si ce même proviseur n'avait pas tenu de blog et avait été vu par des parents d'élèves dans la rue, au restau, au café avec "son ami"? ? ? Il ne le dit pas sur le net mais vit sa vie, quelles sont alors les conséquences ? Ou est la différence finalement s'il y a des plaintes ?   Un prof chrétien va à l'Eglise le dimanche matin, les gens du coin le savent car ils le voient ou connaissent des personnes qu'il rencontre là-bas, inffluence t-il son entourage en vivant sa vie de chrétien en dehors de sa classe ?    Et le droit de grève (qui affirme notre mécontentement vis à vis de réforme) est-il compatible avec le droit de réserve ? Finalement on se pose la question ! 

Virgile 11/06/2007 19:10

Pourquoi, ce n'est qu'une image fabriquée ?! On n'est pas vraiment des fumistes, fainéants et incapables ? *faudra que je pense à changer de métier...*J'adore quand les gens se permettent de critiquer quelque chose et qu'ils sont incapables de le réaliser eux-mêmes. Cela a un petit côté jouissif...

Le CPE 09/06/2007 08:37

 Bien vu, il y a des moments j'aime me dire que je suis un abominable corporatiste, fainéant et manquant d'instruction. C'est bon pour l'estime de soi  et en adéquation avec l'image que les médias fabriquent de notre métier :)

La Prof 08/06/2007 20:45

MERCI Mamadou !pour lepère... je vous propose afin de monter le niveau des profs de passer le CAPES (c'est super facile il parait, d'ailleurs ce ne sont que des illettrés, fumistes de surcroît, qui l'ont)ciao et sans rancune :)Pour tous les autres, OUI ce blog est bourré de fautes et je m'en excuse, mais faudra faire avec :p

Mamadou 08/06/2007 18:40

Moi je vous dis cher Père, pas le nôtre, qu'un prof est un être humain à part entière avec ses qualités et ses défauts, ses points forts et ses points faibles. Je ne suis pas prof et vous ne pourrez pas me dire ainsi que je vous fais une réponse de prof .mais je relève dans votre dernier com. la simple misère de quelques erreurs orthographiques : jamais tortil n'y a qu'à vous liremea culpa est du latin, accent inutile.Que celui qui n'a jamais fauté lance la première pierre à la femme adultère. Que celui qui possède une orthographe irréprochable se targue de donner des leçons à une jeune femme dévouée passionnée  qui se voue à son métier...Revenons au niveau des élèves : il n'a pas baissé de manière globale car les élèves d'aujourd'hui, (je suis maman de deux étudiantes en études supérieures) savent mille et une choses que nous ne possédions pas de notre temps. Par contre,  certaines connaissances de base ont baissé entres autres le niveau de l'orthographe et  de la grammaire. L'accent a été mis sur d'autres priorités. Mais ceci ne serait-il pas le fait pernicieux d'une certaine élite qui en garderait, par ce biais,un pouvoir qu'elle refuse de partager ? Le gâteau est trop juteux, faisons comme Obélix ! Regardez simplement les stats. de qui sont les lauréats à Normale Sup ?  Au delà de cette triste réalité politique, il y a  la non moins triste réalité des parents qui, depuis deux décennies dirons nous, crachent amèrement leur fiel et leur amertume personnelle sur les enseignants de leur enfant. J'ai toujours soutenu les professeurs de mes enfants contre mes enfants eux-mêmes et bien m'en a pris.  En dénigrant le niveau des enseignants, vous corroborez une dégringolade psychologique qui fait que vos propres enfants seront entraînés à ne pas estimer leurs professeurs et à en faire le moins possible car de toutes façons ce sont des "c...".Monsieur, avec toute la courtoisie, le respect que je vous dois, au lieu de rejeter toute responsabilité sur les enseignants, pourriez-vous faire votre mea-culpa et vous interroger sur votre place  à vous dans ce problème  ? Bien à vous.