Le pot de départ

Publié le par La Prof

Le 3/07
Une tradition veut que l’administration organise en fin d’année un pot pour souhaiter un bon départ à tous les collègues mutés ou qui partent à la retraite… quoique ce cas de figure arrive rarement dans mon collège.

Une fête spéciale « adultes consentants » de l’établissement s’organise donc parfois.
Dans ma ZEP+ elle a failli ne pas avoir lieu, vous vous en doutez, l’organisation festive (enfin, l’organisation tout court !) c’est pas leur fort.

Cette « rencontre » a été organisée très tardivement, sous l’impulsion de deux collègues qui gèrent l’amicale.
De ce fait, certains collègues s’étaient déjà organisés autrement et n’ont pas pu venir dire au revoir aux « partants ».
Enfin, ceci est l’excuse officielle avancée par près de la moitié des collègues !
Oui, nous n’étions pas nombreux à se dire « ce n’est qu’au revoir ! »
L’excuse officieuse étant : « nous ne participerons pas à une mascarade organisée par la direction »
Ce que je peux comprendre, si je n’avais pas eu à dire au revoir, j’aurai probablement fait la même chose !

Cela dit, la part d’organisation de l’administration/direction a ses limites.
En somme ils déterminent une date et nous prêtent un lieu : la cour de récréation.

Nous devons, chaque convive, ramener à boire et à manger ou cotiser ce qui permet d’acheter des victuailles pour le barbecue.

Déroulement :
A l’appel de l’amicale, qui a un peu de mal à se faire entendre
car le prof peut être bien plus indiscipliné que l’élève, c’est à savoir ;p
Nous nous regroupons tous dans la cour pour le passage : « c’était bien avec toi, bonne route, allez tiens un cadeau »
1/3 de l’établissement pratiquement s’en allant, cela génère pas mal « d’allés et venus » au centre de la cour pour écouter le speech du Principal, éventuellement des collègues de la discipline, remercier l’amicale pour le cadeau, et repartir se cacher dans la masse.
Cela étant dit, seul l’amicale a bien fait sa part.

Ce qui a donné pour un collègue chouchou du Principal, un grand discours sur les capacités intellectuelles et humaines de ce digne professeur de l’éducation nationale, un cadeau de l’amicale et un merci gêné.
Assortis de bises, parce que nous sommes tous amis ;p
C’est la famille !

Pour d’autres collègues d’une sous-matière par contre, le discours du Principal a été le même à la virgule près (il s’avère qu’il fait quasiment un blocage pathologique sur les « sous-quelque chose », son inintérêt fait qu’il n’a jamais su leurs noms, le mien par exemple il l’a écorché près de 8 mois !).
 
Arrive mon tour, on m’appelle.
Je m’extirpe de la masse sous les moqueries de deux collègues qui me sont assez proches (en tout cas, qui m’étaient proche physiquement au moment de cet appel)
Me plante entre l’amicale assez émue me tendant mon cadeau et le Principal.
L’amicale me dit : « Je ne sais pas quoi dire » « j’espère que ça te plaira »
Parce que sympa j’ai eu le droit à un cadeau personnalisé !
Normalement, on a toujours le même, en fonction du nombre d’années écoulées au collège.
Pour pas faire de jaloux sans doute.
En même temps, j’étais probablement la seule à partir au bout de deux ans ;p
La Prof : « Bien on ne dit rien alors :p » « Merci »
Quelques murmures complices, nous nous faisons la bise, selon l’usage, je retourne à ma place.
Quand le Principal qui n’avait prononcé mot jusqu’alors à mon sujet me dit : « Oh, ben on se fait la bise quand même »
Je fais marche arrière, manque de lui demander l’intérêt d’une telle démonstration d’affection totalement artificielle. Me ravise… j’suis polie des fois ;p
Nous nous faisons donc la bise et je retourne près de mes « amis ».
Dans les rangs se murmurent « t’as entendu le discours du Principal sur C [Moi] ? »
« Non, il a dit quoi ? »
« RIEN »
« C’est bien à l’image de l’année, égal à lui-même »
Ceci jeta un froid, car j’étais la première à ne pas avoir droit à un bon mot. Mais il s’avère que ce fut le cas de tous ceux qui n’avaient pas ses bonnes grâces, ayant eu le toupet de l’affronter un jour, ou de lui dire franchement ce qu’ils pensaient.
 
Le cérémonial a ainsi continué quand j’aperçois dans le fond vers l’entrée, des élèves en vélo me faisant signe.
Je tourne ma tête à droite à gauche pour vérifier.
Oui, c’est bien à moi que l’on fait signe !
A la fin des différents speechs alors que tout le monde se rue pour aller pilier notre malheureux buffet, j’ai au contraire traversé la cours pour aller saluer ces élèves.
Ils s’agissaient de 3ème qui passaient me dire bonjour, voir comment j’allais.
Je leurs ai demandé s’ils voulaient que j’appelle des collègues.
Elèves : « Ah non, non, on est venu pour vous voir vous, c’est tout ! »
Un autre élève : « Ah et puis, moi je me cache, je veux pas voir Machin ! »
Nous sommes sortis devant le collège, on a un peu parlé de leurs orientations, ils étaient partis s’inscrire dans leurs lycées (enfin, pour ceux qui ne sont pas en liste d’attente), du brevet, des vacances.
Bref, bien sympa, on a bien rigolé :p
Ils m’ont proposé de revenir après la fête, mais ne sachant trop quand cela allait finir, je leurs ai conseillé de vaquer à leurs occupations (d’autant que pour oublier une soirée pareille, je risquais de ne plus être très nette à la sortie ;p)
Nous avons échangé des adresses email.
J’ai toujours de leurs nouvelles.

Je quitte mes gentils élèves.
Franchement, l’intention m’a émue et valait tous les discours d’un principal ;p

Retour à la réalité.
Je me sers un verre, pour me remettre de mes émotions, quand j’entends déjà une voie au dessus de mon épaule : « Eh mais tu t’es déjà resservi, nous n’en sommes qu’au premier verre ! »
Autre grande spécificité du prof : il est radin. Surtout avec l’argent des autres !
Je vais pas dire, je suis moi-même radin à mes heures perdues, mais je sais garder mes réflexions pour moi :p
La Prof : « Mais c’est mon premier verre, je viens d’arriver, j’étais avec des élèves ! »
Collègue : « Ah bon, il y a des élèves ! »
« mais qu’est ce qu’ils viennent encore faire là ! ils s’ennuient ma parole ! »

La Prof : --- J’avoue que je n’ai pas répondu, mais j’aurai, je pense, préféré partir avec eux en vélo que rester là !
La soirée a ainsi continué quelques heures, pas longtemps je vous rassure.
S’en est suivit quelques commentaires sur le Principal, les chouchous bavant les premiers comme toujours, et qui ne cessaient de l’associer au qualificatif « incompétent » !
Ce qui m’amuse, c’est qu’ils râlent au milieu des collègues, mais lorsqu’il faut s’imposer il n’y a plus personne qui fait de commentaire :p
Pathétique cette hypocrisie !
Puis de nouveaux des râleries entre les collègues : « non si tu as cotisé tu as le droit aux côtelettes, sinon fallait que tu te ramènes à manger ! Mais les côtelettes, c’est pour ceux qui ont cotisé ! »
Avec quelques collègues, nous nous sommes éloignés en chapardant une bouteille (que nous avions du ramener du reste ;p) et nous nous sommes mis à l’écart.

J’ai encore eu des nouvelles d’un élève (chouchou) qui averti par ses potes, certains lui ayant rapporté qu’ils m’avaient vu ce soir, est passé pour me demander s’il pouvait revenir le lendemain en fin d'après-midi, si j’étais là, car il était en stage la journée.
Au risque de rouiller un peu dehors, j’ai accepté, il semblait ennuyé pour son BEP, il n’a pas été retenu dans le lycée qu’il souhaitait.

Conclusion :
criobes.jpg

Ce qui est intéressant lors de cette « fête », c’est que j’ai découvert que partir signifiait, semble-t-il, disparaître, s’effacer.
Etrange impression que celle de devenir invisible.
Remarquer les gens qui se détournent de vous car ils n’ont plus besoin de vous être agréable pour leurs permettre de réaliser un projet ou une sortie.
De voir comme l’on peut être balayé sans la moindre politesse par son supérieur.
Ignoré du plus grand nombre.
Passer du statut d’équipier à pique-assiette.
J’ai découvert entre la première année et la deuxième année beaucoup de « double faces » comme disent les élèves, de tartufes, certains ont réussi à me dissimuler leur jeu presque une année !
Je n’avais que peu de collègues en qui j’avais réellement confiance, et d’ami véritable peut-être une, je croyais deux, mais quelques crasses m’ont ravisée durant l’année.
Lors des trois derniers jours, j’ai découvert que mes seuls « collègues-amis » étaient finalement, des TZR ou des membres de sous-matières.
Je découvre que j’ai ainsi baigné non seulement dans un panier de crabes, j’en avais bien conscience, mais un peu comme dans un lycée, avec un snobisme entre agrégés et certifiés.
Le cloisonnement ici était, au rythme du principal, entre les matières nobles et les « autres ».
Avec l’implication, l’investissement de ma personne dans ce collège, cela fait mal au cœur.
 
Ce qui me surprend le plus c’est cette absence de loyauté.
Finalement, on critique sans cesse nos élèves, mais ce sont eux les plus honnêtes ! En tout cas les plus fidèles !
Je ne garderais pas grand chose de ce premier collège.
hormis une sacrée expérience pour apprendre à se débrouiller seul ;p
Quelques souvenirs de collègues que je respecte soit ils ne sont pas nombreux, je les comptes sur une main, et il me reste de la place !
Une collègue TZR de l’an dernier, avec qui je suis restée en contact tout au long de l’année écoulée.
Oui, D c’est de toi que je parle ;p

Mes chers élèves, même si je me doute bien, qu’ils m’oublieront durant l’été :p
Quant aux autres dont je pensais avoir ou donner des nouvelles, dont certains se clamaient mes « amis » j’en doute très honnêtement.
Le comportement de ces derniers jours m’a clairement fait me sentir exclue.

Le bon côté, c’est que ça me fait moins de monde à regretter ;p

le-tartf.jpgUne saine lecture pour démarrer les vacances :o)

Publié dans Prof en ZEP+sensible

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ProfAnonyme 15/07/2007 14:28

Chouette, l'ambiance! Mais ça ne m'étonne qu'à moitié... Le moment de vérité pour moi sera l'an prochain (enfin, je l'espère très fort). Mais moi je sais que je n'ai pas beaucoup d'amis véritables ou de collègues sincèrement sympathiques; les doigts d'une main me suffisent aussi!

La Prof 11/07/2007 21:01

@Boga, j'espère tomber dans un bahut plus "solidaire", mais quand j'entends mes amis qui sont profs dans d'autres établissements... cela semble denrée rare :(Pour les élèves, l'avenir me le dira même si je doute de les croiser changeant d'académie ;)@Noebottee un peu amer oui :o)mais ce n'est pas plus mal ainsi ;)et avec mon futur statut tzr bouche-trou sur plusieurs établissements je vais devenir la femme invisible :pJe te rejoins sur les élèves, au moins eux, ils restent intègrent à leur façon... la vie est bien faite, car finallement, c'est quand même avec eux que je passe le plus clair de ma journée :D

Noebottee 11/07/2007 10:38

Un peu triste ce post... Et effectivement, l'hypocrisie est de mise dans les établissements, je m'en suis bien rendu compte en tant que TZR cette année. Tous ceux qui râlent par derrière et ne font rien par devant, ceux qui te font de grandes démonstrations d'amitié à ton arrivée pour t'ignorer royalement par la suite.... Ceux qui te disent "reviens nous voir l'an prochain" alors qu'ils n'ont même pas laissé leur adresse mail ou leur numéro.... Et toi tu as eu la bise du principal, moi en allant (poliment) leur dire au revoir le jour du départ, je n'ai même pas eu droit à une poignée de mains. Eh oui, l'éducation nationale est un panier de crabes. Au moins, avec les élèves, on sait à quoi s'en tenir avant d'arriver....

Boga 10/07/2007 18:40

Quelle ambiance dans ce collège ! J'espère que dans le nouveau tout sera plus sympa, à commencer par le principal et les collègues .Quant aux élèves ("Mes chers élèves, même si je me doute bien, qu’ils m’oublieront durant l’été"), détrompe-toi, l'expérience m'a appris qu'ils avaient plus de mémoire que ça. Lorsqu'un homme ou une femme d'une trentaine d'années t'aborde dans une rue, un magasin, le métro... pour te dire :"J'étais dans votre classe, vous vous souvenez de moi ?" ça surprend toujours. Il arrive que l'on reconnaisse, sous les traits de l'adulte, le visage de l'élève de 15 ans (ou moins), mais ce n'est pas toujours le cas, alors il faut ruser. "Oui, mais ça fait bien longtemps, et j'ai peur d'avoir oublié votre nom. Aidez-moi un peu." Evidemment, on n'ose plus les tutoyer ! Et il (elle) te rappelle des choses que tu croyais avoir oubliées. Crois-moi, c'est toujours un moment privilégié. Et il ne s'agit pas forcément de ceux (celles) qui ont été les moins durs en classe. Rassurant, non ?